La série est une interpellation sur notre condition d’être humain. Mélange entre le télégramme - écrit destiné à être transmis - et le nom de famille de l’artiste, il s’agit d’un ensemble d’œuvres sur papier constitué de mots et de dessins élémentaires.

A travers ces courtes locutions, l’artiste souhaite nous questionner sur des sujets inhérents à notre quotidien et plus largement à notre Humanité. C’est lors de la visite d’une des premières basiliques chrétiennes à Istanbul, Saint-Sauveur-in-Chora, qu’elle est interpellée par un fait qui lui était jusqu’alors étranger : la potentialité de l’existence d’une fratrie de chair autour de Jésus. Aux yeux de l’artiste, c’est son ouverture d’esprit et son regard critique sur la réalité et le dogme qui sont ici remis en cause. C’est à la suite de cet évènement que va découler le premier raiglogram « Are you awake ? ».

L’intérêt de Paula se porte alors sur notre conditionnement à accepter un certain discours établi, la parole d’un dogme ou d’une éducation sans questionner son fondement. Le travail de l’artiste aborde les questions essentielles et inhérentes à la vie dans ce qu’elle a de plus universel : l’amour, la spiritualité, l’humanité, le politique, la famille, l’homme et la femme, la vie et la mort. C’est avec une audace dans le choix des mots et une spontanéité formelle que l’artiste produit ce travail de façon continue.


La force de l’écrit sur la page y suffit à interloquer l’esprit du spectateur. L’objectivité du mot est essentielle pour l’artiste afin de mieux interpeller et questionner le spectateur.

C’est aussi à travers cette réflexion qui naît en nous que se matérialise l’œuvre. Son action se trouve dans l’invisible, dans l’intangible de ce qui nous entoure loin de l’apparence, la démonstration, l’ostentatoire et la consommation matérielle.

Enfin, les raiglograms ouvrent une brèche pour provoquer le débat entre des publics d’âges et de cultures variés. Ils sollicitent l’échange, la prise de conscience et l’enthousiasme à notre échelle.

Etes vous encore éveillés,est-ce que vous regardez encore ce qui se passe autour de vous? Ne faudrait-il pas réagir, parler, faire, agir ?

Le raiglogram « Au Nom de Dieu » est une réflexion sur l’absurdité du sang versé au nom de Dieu. « Religion ange ou démon ? » poursuit ce questionnement.

On aperçoit un sabre divisant un masque mi joyeux et mi triste. C’est l’opposition entre les bienfaits et les méfaits de la religion monothéiste qui se sont manifestés au cours de l’histoire de l’humanité. Comment cette religion suscitant chez l’individu tant de sentiments positifs (croyance dans la vie, envie de partage et d’unification autour d’un message d’amour) peut également conduire à l’invasion et à la destruction ?

Utilisant le vocabulaire religieux, l’artiste pose la question de l’origine de la souffrance, du bien et du mal. Elle ajoute :

La religion devrait plus s’occuper de spiritualité et moins rentrer dans la garde-robe, la chambre à coucher et le frigo des gens !.

Tout est dit.

Tout ce sang versé au nom de Dieu, cela fait des siècles que cela dure. Quand va-t-on se demander ce que Dieu veut ?

C’est également l’esprit humain et son obstination à ranger les êtres dans des cases que Paula challenge. Pourquoi tant de dichotomies et de distinctions notamment entre homme et femme ?

Les Cyclades et leurs représentations presque androgynes sont une grande source d’inspiration à ce sujet. En effet, l’attention ne devrait-elle pas se porter plus sur l’Individu de manière globale sans distinction de sexe ? Malgré les différences biologiques,

nous sommes tous acteurs et nous avons tous une part à jouer dans ce monde.

Ce n’est pas les qualités extérieures qui définissent notre existence mais bien le résultat de nos actions. La diversité est riche et notre confiance en soi devrait émaner de ce constat primaire. La nature nous a constitués d’éléments contraires, de qualités et de défauts, ce qui forme notre beauté propre.

« Women amen ? » Who is a men ? A men ? Paula rappelle que dans le langage même, la femme semble être mise de côté. On utilise trop souvent le mot « homme » pour parler de l’espèce humaine dans son entièreté. Pourtant une vraie « Humanité » sur terre ne sera possible que si nous acceptons la part de féminité et de masculinité en chacun de nous et que nous cessons de ranger les êtres dans des boîtes.

« Toutes les religions monothéistes y ont fait appel. Pourquoi ? Pourquoi la femme est-elle un tel danger dans l'espace publique ? Pourquoi culpabilise-t-on la femme, Pourquoi doit-elle se cacher ? N'est-ce pas plutôt un problème d'éducation ou nos instincts sont-ils si différents ?

Est-ce la capacité d'enfanter qui fait la différence et qui effraye, ou est-ce la faiblesse de l'homme, le désir ?

Le désir est-il masculin ? La femme ne regarde-t-elle pas l'homme avec désir ?

Pourquoi ne peut-on pas valoriser la beauté du corps comme la nature le fait si bien..., la beauté des couleurs, le chant des oiseaux, le plumage etc... il serait donc interdit à l'humain de se montrer dans un 'beau costume' ? »

« The electricty the ultimate power ? » Voilà encore une question cruciale à ce jour. Et si l’électricité s’arrêtait ?

C’est toute notre société et nos vies qui s’immobiliseraient aussi vite que l’on éteint la lumière. Faut-il accepter - tels des moutons - que le pouvoir soit à ce point logé en dehors de nous ? Et comment ne pas succomber à la dépendance sournoise aux technologies et aux biens matériels ?

« Accepter l’injustice acte de survie ? »

« Le cri du cœur serait de dire que nous n'acceptons pas l'injustice. Malheureusement, elle fait partie intégrante de notre vie. Dès la naissance… selon notre lieu de naissance, que ce soit un pays en guerre ou en paix, que l’on soit issu d’une famille pauvre ou pas, que l’on soit en bonne santé ou malade ? Où est la justice ?

Si l'injustice vous donne la force de la surmonter et de vous grandir en temps que personne elle est légitime ? Mais la justice « humaine » est rendue par des humains, donc indéniablement imparfaite.

Ma justice n'est peut-être pas la tienne, l'application de la justice se fait à base de lois qui sont différentes dans chaque pays. La politique, la religion, les traditions influencent énormément la justice. »

En conclusion, les raiglograms apparaissent comme un outil de communication pour aborder ces sujets que l’on approche trop peu tant l’on se distrait pour ne jamais réfléchir à demain. C’est notre liberté de pensée et d’action qui doit devancer la pensée unique détachée de notre nature profonde. Il semble par conséquent urgent de mettre de côté le virtuel et le matériel pour mieux vivre en connexion avec l’essentiel : l’amour, la famille, l’égalité et nous connaître nous-même.

« Comment peut-on encore croire que nous sommes les seuls êtres humains dans l’univers, n'est-ce pas prétentieux et signe d'une fermeture d’esprit ?

L’époque où l’on pensait que la terre était un plateau avec une tente céleste par-dessus est loin, et pourtant persistent quelques esprits très éclairés souvent malheureusement influents qui remettent encore cela en question.»


Vivre sa vie en spectateur ou en acteur ? C’est un choix.